Qui est Dieu dans le Coran? (2ème partie)

Allah a placé l’humanité sur la terre comme « disciples » ou « représentants » (en arabe khalifa) et, pour la courte durée de leur vie, leur a confié des biens terrestres, leur a donné autorité sur eux, leur a permis de prospérer mais leur réclame des comptes à la fin de leur vie sur la façon dont ils ont géré ces choses et s’ils ont reconnu en Allah le donateur de toutes choses. On peut clairement lire dans le Coran que c’est la volonté d’Allah qu’il y ait des riches comme des pauvres dans le monde. Riches et pauvres doivent reconnaître en Allah le créateur et le donateur, et Allah éprouve chaque individu au travers des circonstances de sa vie (voir par exemple la Sourate 6,245) pour voir comment il se conduit. La provision d’Allah est un signe pour le genre humain au travers duquel il peut reconnaître Allah comme créateur « C’est lui qui permet à la pluie de tomber des nuages… Ceci est un signe pour ceux qui peuvent recevoir instruction… Peut-être apprendrez-vous la gratitude » (Sourate 16,10-14).

 

Dieu le Miséricordieux

Dans l’imagination de beaucoup, Allah est comme un cruel dictateur pour l’Islam, agissant sur coups de tête. Les musulmans ne le voient pas comme cela car le Coran, disent-ils, met l’accent à de nombreuses reprises, sur la miséricorde et la grâce d’Allah. Chaque Sourate, (sauf la Sourate 9) commence par ces mots « Au nom d’Allah, le compatissant, le miséricordieux » ou comme cela peut aussi être traduit « Au nom d’Allah compatissant et miséricordieux ». La Sourate 7,156, va même jusqu’à dire « Mais ma miséricorde n’a pas de limite ». Au croyant, Allah se révèle comme un donateur miséricordieux, qui comprend et pardonne, qui entend les prières et protège, alors que l’incrédule ne peut attendre aucune miséricorde lors du jugement d’Allah.

Le Coran affirme qu’Allah s’est révélé à l’humanité au travers de sa bonté. La bonté d’Allah est rappelée à Mahomet et il doit rappeler au peuple de se souvenir de la bienveillance d’Allah et d’être reconnaissant pour cela. La gratitude envers Allah et la reconnaissance que toutes choses viennent de lui, est la marque d’un vrai Musulman alors que l’incroyant manque toujours de gratitude car il ne reconnaît pas Allah et ne lui est pas soumis. Le Coran dit qu’Allah aime ceux qui pratiquent la justice et qu’il guide les pas de ceux qui font sa volonté. Allah ne s’accommode pas de ses ennemis, et ceux qui se moquent de lui n’ont que colère et jugement à en attendre. Il n’aime ni les hommes tordus, ni les incroyants, ni les pêcheurs et ceux qui commettent le mal.

Le rapport de l’humanité à Allah est celle d’un serviteur ou d’un esclave [à son maître]. Chaque personne doit se soumettre totalement à Allah et à sa volonté (en arabe : aslama, c’est à dire se soumettre, s’engager, se donner à Allah, se vouer à la volonté d’Allah, pour devenir un musulman). La nature de cette sorte de relation avec Allah s’exprime au travers de prosternations, pratiquées durant les prières rituelles cinq fois par jour. La Sourate 35,16 rappelle que l’humanité  est « indigente et dépendante d’Allah » alors qu’Allah n’a besoin de s’appuyer sur personne. Si quelqu’un crie à Allah, il ne le fait pas comme son enfant, ainsi qu’en témoigne la Bible, mais comme un serviteur, ce qui est la seule façon de s’approcher de lui : « Tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre se rendront auprès du Tout Miséricordieux, en serviteurs » (Sourate 19,93).

La soumission à la grandeur d’Allah et la reconnaissance de sa souveraineté, conduit la personne à le craindre et à croire en lui. Quand quelqu’un s’incline devant le dieu du Coran plein de bonté et de miséricorde, cela montre qu’il a ses oreilles grandes ouvertes pour ses révélations et qu’il suit la bonne voie, la voie de l’Islam.

 

Allah, un dieu d’amour ?

Dans le Coran, Allah n’est pas seulement décrit comme miséricordieux et plein de bonté. Quelques versets du Coran parlent de son amour : «  Dites : si vous aimez Allah, alors suivez-moi et Allah vous aimera et vous pardonnera vos pêchés ! Allah est miséricordieux et prêt à pardonner » (Sourate 3,31). Les théologiens musulmans ne comprennent cependant pas de la même façon l’amour d’Allah :

« Les courants orthodoxes définissent l’amour du genre humain pour Allah comme se manifestant dans le désir de lui obéir et de le servir, dans l’amour de ses commandements, dans sa vénération et ses récompenses. Car, soutiennent-ils, l’amour comme affection réciproque, telle celle d’amis ou d’amants, suppose une égalité entre celui qui aime et celui qui est aimé. La transcendance d’Allah interdit cependant de penser la relation entre Allah et les hommes en ces termes. L’idée que de l’amour ou une amitié étroite puisse exister est folie et présomption insupportable de la part du genre humain et un blasphème qui abaisse Allah ». [2].

Le rejet de toute idée d’un amour réciproque entre Allah et l’homme découle du concept de la toute puissance d’Allah, de sa transcendance et de son altérité totale, rendant inconcevable l’idée de la comparer à des relations humaines.

Les mystiques islamiques ont, eux, des vues différentes sur l’amour d’Allah. Pour eux, le croyant soupire à venir plus près d’Allah, pour devenir un avec lui, au point même qu’Allah habite finalement en lui. Comme le croyant se perd en Allah, sa transcendance disparaît et le gouffre infranchissable entre la créature et son créateur est franchi. Cela peut seulement se passer quand quelqu’un se perd de façon mystique en Allah et cette approche est souvent violemment combattue par les musulmans orthodoxes. Les mystiques essaient pourtant d’aimer Allah mais, en fin de compte, ils ne savent pas réellement si Allah les aime.

Différences avec les affirmations bibliques qui voient Dieu comme un Dieu d’amour : bien sûr, il est vrai qu’il y a beaucoup de similitudes entre les descriptions d’Allah dans le Coran et l’image de Dieu que nous trouvons dans la Bible – sans doute plus que dans aucun autre écrit sacré d’aucune autre religion. Dieu comme créateur, juge, seigneur de l’univers, ayant donné à l’homme un livre sacré, le concept de pêché et de pardon, le pêché des premiers humains au paradis, les tentatives de Satan pour que l’humanité s’égare dans le péché, le jugement du genre humain, les uns entrant au Paradis et d’autres étant envoyés en enfer, la mention d’Adam, Job, Abraham, Moïse, Jésus, Marie et bien d’autres personnages de la Bible soulève la question de savoir si les ressemblances entre la Bible et le Coran ne sont pas plus importantes que les différences. Voici quelques exemples pour apporter plus de lumière sur cette question.

Comparé à ce qu’en dit la Bible, il faut noter que, bien que le Coran mentionne sans cesse la grâce et la miséricorde d’Allah, et même son amour, cet amour ne décrit pas l’essence du caractère d’Allah et n’est pas le message central du Coran. Le cœur du message du Coran témoignage de la singularité et de l’unicité (en arabe : tawhid) d’Allah, ainsi que de sa puissance et de sa force.

Bien que le Coran utilise le mot « amour », ce mot présente des différences fondamentales avec le sens et l’usage que la Bible fait de ce même mot. Divers livres de la Bible mettent l’accent sur un Dieu qui, non seulement aime ou rencontre l’homme d’une façon aimante, mais encore est amour (1 Jean 4 : 8 et 16) et un « Dieu d’amour » (2 Corinthiens 13 : 11). Ainsi, le portrait biblique de l’amour de Dieu et sa manifestation diffère fortement de celui du Coran. L’amour de Dieu pour ses créatures n’est pas qu’un concept théorique mais la raison et la force agissante dans ses rapports avec l’humanité dans le passé ; il a atteint son comble dans l’envoi de son fils Jésus-Christ car : «  Voici comment Dieu a démontré qu’il nous aime : il a envoyé son Fils unique dans le monde pour que, per lui, nous ayons la vie » (1 Jean. 4 : 9, Bible du Semeur). Jésus, Dieu et homme,  Fils de Dieu, était l’incarnation de l’amour, de ce même amour que Dieu est, et il est « L’amour de Dieu… manifesté en nous » (1 Jean 4 : 9 NASB). Puisque Dieu est amour, tout amour procède de Lui «  Bien-aimés aimons-nous les uns les autres, car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu (1Jean. 4 : 7 Segond). Toute relation humaine et toute relation avec Dieu devrait être marquée par l’amour.

Le plus grand sacrifice et l’action la plus désintéressée n’a pas de valeur aux yeux de Dieu si sa motivation n’est pas l’amour, l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Le passage connu qui décrit l’amour, 1 Cor. 13 : 1-3, le décrit de manière impressionnante : « En effet, quand je parlerais les langues des hommes et des anges : si je n’ai pas l’amour je ne suis rien de plus qu’une trompette claironnante ou une cymbale bruyante. Supposons que j’ai le don de prophétie, que je comprenne tous les secrets et que je possède toute la connaissance ; supposons même que j’ai, dans toute sa plénitude, la foi qui peut transporter des montagnes : si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Si même je sacrifiais tous mes biens, et jusqu’à ma vie, pour aider les autres, au point de m’en vanter, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien ». (Semeur)

Parce que Dieu, la source de tout amour, a déversé son amour sur les hommes, alors les hommes peuvent, à leur tour aimer Dieu et leur prochain. Le premier des Dix commandements contient cette obligation d’aimer : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée… tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Deutéronome 6 : 5 et Lévitique 19 : 18 cités par Jésus dans Matthieu 22 : 37-38).

Ainsi l’amour, selon la Bible, devrait caractériser le mariage et la vie de famille, se trouver dans la communauté des croyants et s’étendre à toutes les relations entre les personnes, mêmes nos ennemis. Bien que le Coran affirme que la réconciliation entre les parties en guerre soit une chose précieuse, il ne fait aucune allusion au fait que là, particulièrement, l’amour devrait régner et que nous devrions pardonner à nos ennemis pour toutes leurs actions méchantes, ainsi que Paul le fait dans sa lettre aux Romains : «  Que votre amour soit sans hypocrisie… considérez les autres comme étant au dessus de vous même… participez aux besoins des saints, pratiquez l’hospitalité. Bénissez ceux qui vous persécutent, bénissez et ne maudissez pas. Ne rendez pas le mal pour le mal. Faites ce qui est bien aux yeux des hommes… Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ou s’il a soif, donne-lui à boire, car en faisant ainsi, tu accumules des charbons ardents sur sa tête. Ne soyez pas dominés par le mal mais surmontez le mal par le bien » (Rom 12 : 13-14, 17, 20-21, Semeur)

Le lien, fréquemment souligné, entre amour et sacrifice (très spécialement dans le Nouveau Testament) ne se retrouve pas dans le Coran. Ces pensées apparaissent dans le Nouveau Testament, surtout dans le contexte de la mort de Jésus (Jean 3 : 16), mais aussi à un niveau plus général. Comme l’écrit Jean : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15 : 13). Le fait que l’esprit de renoncement volontaire – comme démonstration d’amour – devrait caractériser la vie en communauté ainsi que la famille et le mariage, est un concept strictement biblique qu’on ne retrouve pas non plus dans le Coran.

L’Ancien, mais surtout le Nouveau Testament, soulignent souvent que l’amour est la force motrice des actions de Dieu envers l’humanité, amour qui le pousse à sauver, à rappeler ses commandements par les prophètes et, enfin, à envoyer son Fils qui a été crucifié comme témoignage ultime de l’amour de Dieu pour le genre humain. Dieu, en Jésus, s’est livré lui-même aux mains de ses ennemis, il s’est donné lui-même pour achever l’œuvre du salut de l’humanité. Les actes de Dieu jaillissent de l’amour, avant même que l’humanité n’ait fait quelque chose pour Dieu ou même ne l’ait honoré. Puisque Dieu a envoyé son Fils pour le genre humain, les personnes peuvent répondre à cet amour et accomplir les actes que Dieu, dans son amour, leur commande.

Tout ceci, un amour plein de compassion, prendre soin des autres, pourvoir aux besoins et soigner ceux qui nous sont les plus proches, l’amour même des ennemis qui va jusqu’à mourir pour eux, ne se trouve que dans la Bible, bien que le Coran utilise souvent, dans bien des passages, des expressions comme « amour » et « compassion ».

 

Notes :

[1] al-Ash’ari. Maqalat al-islamiyyn Cairo 1050, 1 S.216-217, citée d’après John Bouman. Gott und Mensh im Koran. Eine Eine Strukturformreligiöser Anthropologieanhand des Beispiels Allah und Muhammad. Wissenschaftliche Buchgesselschaft, Darmstadt, 1977/1978, p.3

[2] Der Koran Arabich-Deutch. Übersetzung und wissentschaftlicher Kommentar von Abel Theodor Khoury. 10 Bde Vol.2 :sour. 2, 75 – 2,212. Gütersloher Verlagshaus Gerd Monh : Gütersloh, 1991, PP.207-208.