Qui est Dieu dans le Coran? (1ère partie)

Le Coran ne contient aucun passage proposant une description systématique des attributs de Dieu. En arabe, il est appelé « Allah » ce qui signifie simplement « Le Dieu ». Dieu ne se présente pas lui-même dans le Coran comme il le fait dans l’Ancien Testament par ces paroles « Je Suis celui qui Suis » (Exode 3 :14, Segond 21) mais il demeure caché, mystérieux. Il est complètement séparé de sa création et ne peut absolument pas être comparé à un de ses êtres créés car « Il n’y a rien qui Lui ressemble » (Sourate 42,11). Puisqu’Allah est mystère, personne ne peut s’en faire une représentation mentale ou imaginer comment il est et toute tentative serait interdite. Un croyant musulman connaît seulement les noms d’Allah, ses attributs décrits dans le Coran et entend parler de son interaction avec l’humanité. Le centre du message du Coran est qu’Allah est un, que rien ne peut lui être comparé et que lui-même ne peut être comparé à personne d’autre. C’est le dogme du « tauwḥīd » : (l’unité/l’unicité d’Allah) « Il est Allah, l’Unique, l’Eternel ! Il n’a jamais engendré et n’a pas été engendré non plus ! Nul ne Lui est égal » (Sourate 112, 1-4).

Allah est défini par 3 domaines : la création, la provision et le jugement. Le Coran dit qu’au début Allah créa le monde et l’humanité. A la fin des temps, chaque individu sera jugé et recevra sa juste récompense d’Allah, le Très-haut mais Miséricordieux pour qui rien n’est caché, car « Pas une feuille ne tombe qu’il ne le sache » (Sourate 6,59). Allah est Unique, existant vraiment, transcendant, très-haut, omniprésent, immuable, qui ne meure pas, éternel et non créé, omniscient et illimité dans sa grandeur : «  Il n’engendre pas et n’a pas été engendré. Il ne peut être mesuré, des voiles ne peuvent le recouvrir. Ils essaient de le comprendre mais ne peuvent le saisir ; il ne peut être mesuré par l’homme, aucun être créé ne peut lui être comparer à quelques égards que ce soit»[1]  Aujourd’hui, dans l’Islam, l’idée est née qu’Allah possède 99 noms, qui permettent au croyant de l’adorer.

 

Allah, le Juge

Au tout début de l’Islam, Mahomet a annoncé qu’Allah serait juge, au jour du jugement à venir, où tous, sans exception, devront rendre compte de leurs actions et de leur foi. « En vérité, L'Heure (du jugement) va arriver : pas de doute là-dessus » (Sourate 40,59). A la fin des temps, au temps fixé par Allah, les vivants et les morts seront « ramenés » à Allah : « Et préparez-vous pour le jour où Allah vous ramènera. Alors chacun recevra la juste récompense pour ses actions ! Elle (l’humanité) ne sera pas jugée injustement » (Sourate 2, 281) car Allah sera un juge totalement juste. Chaque action des hommes, inscrite dans un livre, sera pesée sur une balance. Les musulmans qui ont vraiment cru iront au paradis, alors que les non-croyants seront jetés en enfer pour toujours.

 

Allah, le Très-Haut

Dans le Coran, l’omnipotence (la toute-puissance) d’Allah est un de ses attributs les plus importants. Le Coran met l’accent sur la comparative faiblesse des autres dieux. Selon la Sourate 22, 73-74, les autres dieux, même s’ils unissaient leurs forces, ne pourraient même pas créer une mouche, alors que le Tout-puissant est le créateur des cieux, de la terre et de tous les individus. Le genre humain doit reconnaître la toute-puissance d’Allah, se reconnaître comme sa créature et le servir, lui être soumis et croire en lui, ce qui sera une reconnaissance et une louange juste pour sa grâce constante.

Bien qu’il ne puisse y avoir de comparaison ou de contact entre ce dieu transcendant et sa créature mortelle, Allah a permis à l’humanité de le connaître, mais non dans sa personne ou son essence car il serait impensable qu’Allah quitte sa transcendance, devienne visible à vue humaine ou vienne dans le monde pour se révéler sous une forme humaine. Allah a plutôt envoyé sa parole par l’ange Gabriel et celui-ci l’a faite connaître individuellement à des prophètes. Puis, les prophètes ont donné les messages d’Allah à l’humanité. Ce sont là les révélations qu’Allah a envoyées ici-bas.

Malgré les révélations d’Allah et ses interactions avec l’humanité tout au long de l’histoire, un gouffre infranchissable demeure entre le genre humain et Allah. Cela ne signifie pas qu’Allah est très loin des êtres humains, car Allah est « plus près d’elle que sa veine jugulaire» (Sourate 50,16). Cette expression cependant est là pour accentuer l’omniprésence d’Allah. De même l’expression : « Il est l’ami des croyants » (Sourate 3,68) met l’accent sur la grâce d’Allah pour le genre humain mais ne signifie en aucun cas qu’Allah a quelque chose de commun avec les êtres qu’il a créés. De même, toute tentative de décrire Allah comme « Père » serait complètement incompatible avec le message du Coran qui met l’accent sur le caractère unique d’Allah et l’impossibilité de le comparer à un être créé ;  ou lorsqu’on décrit Dieu comme Père de Jésus-Christ ou Père de l’un de ses sujets. L’Islam interprète la notion de « fils de Dieu » ou de « Paternité » de Dieu dans un sens uniquement physique et rejette ces expressions, ainsi que l’idée de Trinité que le Coran considère comme l’adoration d’autres dieux qu’Allah, pratiques polythéistes des voisins arabes de Mahomet.

En plus du Coran, Allah parle aussi à l’humanité par des « signes » que l’on peut discerner dans le monde créé, de même qu’il a parlé dans les temps passés par les prophètes et par la façon dont il en a pris soin ainsi que du peuple. Au travers de ces signes, ce que l’on pourrait appeler « l’appel » d’Allah, parvient à l’humanité qui peut y répondre par la foi ou l’incrédulité. Les paroles du prophète Noé dans le Coran « Servez Allah, craignez-le et obéissez-moi » (Sourate 71,3) sont un défi classique à ses compatriotes.

La Toute-puissance d’Allah, mentionnée dans le Coran dans d’innombrables passages, recouvre tous les domaines et toutes les régions. Allah a créé le monde, les animaux, les hommes, les esprits, les anges ainsi que le bien et le mal. « Nul malheur n’atteint la terre ou vos personnes, qui ne soit enregistré dans un livre avant que nous ne l’ayons créé. Cela est facile pour Allah » (Sourate 57,22) car « ne nous arrive, que ce qu’Allah a ordonné. »

Dieu a fixé l’heure de la mort de chaque personne : « Allah cependant n’accorde jamais de délai à une âme dont le terme est arrivé » (Sourate 63,11). C’est Allah qui, au final, pousse les gens à croire ou à ne pas croire « Quand Allah désire conduire quelqu’un dans la droiture, il ouvre son cœur à l’Islam. Cependant, s’il désire égarer quelqu’un, il rend son cœur étroit et rétréci comme s’il devait se soulever contre le ciel. C’est ainsi qu’Allah punit ceux qui ne croient pas » (Sourate 6,125). C’est encore plus clair dans la Sourate 7,179 : « Nous avons destiné beaucoup de djinns et d’hommes pour l’Enfer ». Pourquoi seuls certains deviennent musulmans ? La réponse à cette question est dans le Coran : ce n’est pas sa volonté : « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ? Il n’appartient nullement à une âme de croire si ce n’est avec la permission d’Allah. (Sourate 10, 99-100). En même temps, le Coran insiste sur le fait que chaque individu devra rendre compte de sa foi ou de son manque de foi au jour du jugement. Chacun recevra une juste récompense pour sa conduite sur la terre qu’elle soit bonne ou mauvaise. « Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. Elle sera récompensée du bien qu’elle aura fait, punie du mal qu’elle aura fait… » (Sourate 2, 286). Ces positions apparemment irréconciliables – la responsabilité de l’humanité et la prédestination d’Allah pour chaque homme de croire ou non – cohabitent dans le Coran. Personne ne peut tenir Allah pour responsable de son manque de foi ou de son péché, et quand un musulman fidèle reçoit la permission d’entrer au Paradis, alors c’est par la miséricorde d’Allah.

Ces versets concernant la prédestination peuvent être considérés comme reflétant les rapports difficiles de Mahomet avec ses compatriotes. Avec son appel à revenir à Allah, le seul Dieu tout- puissant, il se détournait des religions purement fatalistes de ses contemporains de l’Arabie préislamique. De même, il devait aussi trouver une explication à l’opposition et à la résistance constante à son message des habitants de la Mecque et de Médine qui, pendant les 12 premières années de sa prédication, ne lui ont prêtée que peu d’attention. Ainsi, dans le Coran, nous voyons le lien entre le pouvoir absolu d’Allah et la nature prédéterminée de ses ordonnances de même que les responsabilités qui pèsent sur le genre humain.

Comme Allah est tout-puissant et que personne ne peut réellement comprendre et connaître sa nature, un musulman ne peut avoir la certitude du pardon et de la grâce d’Allah envers lui ou de son rejet par Allah à la fin de ses jours et de son envoi en enfer : «Mais il n’en va pas de même du Seigneur de l’Humanité, qui m’a créé, qui me conduit et me guide, qui me nourrit et me donne à boire, qui me guérit quand je suis malade, qui me fera mourir, puis me redonnera la vie. C’est de Lui que je convoite le pardon de mes fautes le Jour de la Rétribution. » (Sourate 26,77-82). Allah est décrit comme Le Miséricordieux, plein de compassion, et même comme généreux et indulgent, mais le Musulman ne reçoit aucune assurance quant au pardon de ses péchés après sa mort. Prédire les décisions de jugement d’Allah serait mettre une limite à son pouvoir. Les interventions d’Allah ne sont nullement prévisibles autrement il devrait se conformer aux attentes et à l’imagination de l’homme. Rien ni personne ne peut influencer Allah et il n’est redevable envers personne. De même, le dieu du Coran est un dieu rusé. En de nombreux endroits il est écrit qu’il invente les meilleures ruses. La Sourate 13,13 dit « Allah est plein de ruses » (littéralement « Allah est fort, puissant en ruses/tromperies « ) et « les incrédules pensent à des ruses, mais Allah les surpasse tous » (Sourate 8,30).

 

Dieu le Créateur

En dehors du constat général et fréquent qu’Allah a créé le ciel et la terre et le genre humain, le Coran, au contraire de l’Ancien Testament, ne contient aucun récit détaillé de la création sauf dans la sourate 41,9-13 qui décrit la création comme ayant été achevée en six jours. Allah créa d’abord le ciel et la terre en deux jours à partir d’une masse informe, puis il fit les montagnes, les rivières et les plantes sur la terre. De l’eau, il fit ensuite divers animaux et il créa l’homme pour les dominer. À aucun endroit dans le Coran il est dit qu’Allah créa l’homme « à son image », ainsi qu’il est souligné dans l’Ancien Testament (Genèse 1:21). Cela serait irréconciliable avec la grandeur et la singularité d’Allah qui ne peut se comparer d’aucune façon au genre humain. De même, la Sourate 40,57 décrit la création du ciel et de la terre comme une « plus grande merveille » que la création de l’homme. A l’opposé, le récit de la création dans l’Ancien Testament décrit la création de l’homme comme le couronnement de la Création.

Le Coran dit – et, en cela, il est en accord avec le récit biblique de la Création- que toute l’humanité descend d’un couple d’êtres humains. (Sourate 6,98). Adam a été formé d’un morceau d’argile. Allah a dit : « Soit ! » (en arabe : « Kun ! ») et Adam a été créé. (Sourate 3,59) La parole créatrice d’Allah fait que les choses arrivent « Quand il a décidé quelque chose, il a seulement à dire ‘ Soit ! ‘ et cela arrive ».

Après l’achèvement de la création, Allah est remonté sur un trône porté par un ange, dans le 7ème ciel, et de là il domine les royaumes éternels. Dans les cieux au-dessous sont la lune, le soleil et les étoiles. Dans le niveau le plus bas des cieux, un garde veille afin d’éviter que les esprits mauvais ne jettent un œil sur le conseil des anges (Sourate 37, 1-9). Allah a créé la suite du jour et de la nuit : le soleil et la lune donne de la lumière le jour et la nuit et, par leur course régulière, donnent aux hommes le moyen de mesurer le temps (Sourate 10,5). Allah soutient les cieux, qui n’ont pas de piliers, afin qu’ils ne tombent pas sur la terre (Sourate 22,65). Le Coran souligne qu’Allah ne fut pas fatigué après la création et ne se reposa pas, comme le Dieu de la Bible : « En effet, Nous avons créé les cieux et la terre et ce qui existe entre eux en six jours, sans éprouver la moindre lassitude. » (Sourate 50,38). Allah ne se fatigue pas et n’a pas besoin de dormir. Allah ne demande pas aux musulmans de respecter un sabbat, et donc, jusqu’à la période moderne, il n’y avait pas de jour de repos hebdomadaire officiel dans le monde musulman, bien que le vendredi ait un statut spécial. Dans certains pays, le dimanche est considéré comme le jour de repos ; c’est la conséquence d’une colonisation européenne antérieure.

Allah a placé l’humanité sur la terre comme « disciples » ou « représentants » (en arabe khalifa) et, pour la courte durée de leur vie, leur a confié des biens terrestres, leur a donné autorité sur eux, leur a permis de prospérer mais leur réclame des comptes à la fin de leur vie sur la façon dont ils ont géré ces choses et s’ils ont reconnu en Allah le donateur de toutes choses. On peut clairement lire dans le Coran que c’est la volonté d’Allah qu’il y ait des riches comme des pauvres dans le monde. Riches et pauvres doivent reconnaître en Allah le créateur et le donateur, et Allah éprouve chaque individu au travers des circonstances de sa vie (voir par exemple la Sourate 6,245) pour voir comment il se conduit. La provision d’Allah est un signe pour le genre humain au travers duquel il peut reconnaître Allah comme créateur « C’est lui qui permet à la pluie de tomber des nuages… Ceci est un signe pour ceux qui peuvent recevoir instruction… Peut-être apprendrez-vous la gratitude » (Sourate 16,10-14).