Musulmans et chrétiens ont-ils les mêmes raisons d'espérer?

Musulmans et chrétiens affirment tous deux avoir une « espérance ». Mais en quoi consiste-elle et sur quoi est-elle sensée déboucher ? Présentation et comparaison en quelques questions.

En islam le concept d'espérance est très important. Il n'a cependant ni les mêmes fondements ni exactement les mêmes implications que son homologue biblique. L'espérance du musulman est fondée sur ce  qu'il s'efforce de faire pour Dieu et sur ce que Dieu décidera de faire pour lui.  Il s’efforce donc d’obéir à Dieu en espérant qu'au jour du jugement, il se montrera bienveillant à son égard. A cette conception de l'espérance s'oppose celle du chrétien qui sait qu’il a été racheté par Dieu en raison de sa foi en Jésus mort pour ses péchés. Pour lui, l'espérance consiste à vivre et servir Dieu avec la certitude qu’un jour il sera réuni à Lui.  

Si l’islam propose une espérance qui dépend à la fois des œuvres du croyant et de la décision absolument souveraine de Dieu, l’idée même de certitude n’est-elle pas hors de propos?

Les expressions « certitude », et  « confiance en Dieu » qui apparaissent dans le texte biblique lorsqu'il évoque l'espérance chrétienne se retrouvent dans le Coran quand il traite de la vie du croyant. Cependant, comme l'ont dit des savants musulmans dans les premiers siècles de l'islam, le croyant « s'élève vers son Seigneur grâce aux deux ailes de la peur et de l'espérance ». Peur, parce que Dieu est grand et qu'il sera impitoyable avec les incroyants; espérance parce que le croyant est appelé à contrebalancer sa peur de Dieu et du jugement par une attitude de confiance en sa midéricorde. Idéalement, le croyant doit donc maintenir une sorte d'équilibre entre confiance et peur de Dieu. Mohammed aurait dit: « Si on pesait l'espérance et la peur du croyant, l'une et l'autre s'équilibreraient. »  En d'autres termes, il y a une tension entre peur et espérance qui doit être maintenue afin qu'une trop grande peur ne finisse par anéantir l'espérance du croyant et qu'une trop grande espérance (assurance) ne finisse par inhiber sa peur de Dieu et ne le rende arrogant.

Si l’espérance du musulman ne s’accompagne d’aucune certitude, que doit-il faire pour entretenir son espoir de ne pas être frappé par le jugement de Dieu?

Pour ce qui le concerne, son espérance dépend de la réalisation d'oeuvres pieuses et du refus d’adorer quiconque sinon le Dieu unique. La sourate 18.110 est explicite à cet égard: « Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur, qu'il fasse de bonnes actions et qu'il n'associe dans son adoration aucun autre à son Seigneur. »  Il y a bien ici une promesse, mais sa réalisation dépend des « bonnes actions » du croyant et non de sa foi en la grâce de Dieu.

Le Nouveau Testament parle à plusieurs reprises du « Dieu de l’espérance ». L'islam a-t-il une vision aussi positive de Dieu ?

Non sans une certaine ambiguïté, la tradition islamique fait une distinction entre le Dieu que le croyant adore et Dieu tel qu'il est en Lui-même. S'il a le pouvoir de se manifester au croyant comme un Dieu redoutable dans son jugement, en Lui-même, Dieu est miséricordieux, et sa miséricorde l'emporte sur son jugement. Selon un hadith, Dieu aurait dit à Mohammed: « Ô mon serviteur, si tu venais à moi chargé d'autant de fautes que peut en contenir la terre, du moment que tu ne m'associes rien, je viendrais à toi avec autant de pardon que peut en contenir la terre. » Cette parole s'inscrit dans la ligne de sourate 4.116: « Certes, Allah ne pardonne pas qu'on Lui donne des associés. A part cela, Il pardonne à qui il veut. » Il faut noter que cette dernière phrase souligne à la fois l’absolue souveraineté de Dieu dans son jugement et l’importance apparemment relatives des œuvres bonnes ou mauvaises dans la détermination du sort final du croyant.     

En fin de compte, la foi en Jésus serait-elle seule à procurer au croyant une espérance sûre de son salut ?

La Bible enseigne que l'homme est spirituellement mort et séparé de Dieu par la nature pécheresse dont il a héritée d’Adam. Mais elle enseigne aussi que, dans son amour et dans le respect de sa sainteté, Dieu a affranchi le croyant du jugement qu’il méritait en condamnant Jésus à sa place. Dieu s'est donc chargé de régler la question du péché pour lui. Mais cela ne va pas sans responsabilité pour le croyant. Croire en Jésus n’est en rien une invitation à vivre impunément dans le péché, comme le croient beaucoup de musulmans. C’est au contraire un appel à vivre en obéissant résolument aux commandements de Dieu par le pouvoir transformateur du Saint-Esprit. C’est par son intermédiaire que le croyant apprend à entretenir,  ici, maintenant et pour l’éternité, une relation vivante et créative avec Dieu.

Rien de vraiment équivalent en islam. Bien que Dieu soit présenté comme le « tout Miséricordieux, le très Miséricordieux », sa miséricorde est conditionnelle. Et il y a une raison explicite à cela! Contrairement à la Bible, le Coran n’enseigne pas qu’Adam et Eve ont péché contre Dieu. Ils ont seulement commis une faute à leurs propres détriments. Par conséquent, le musulman n’a pas besoin d’un rédempteur pour le racheter de la puissance du péché et de la mort. Il a seulement besoin d’une loi (la charia) qui lui indique la voie à suivre afin de pouvoir gagner la faveur de Dieu. Mais cette voie est justement celle de toutes les incertitudes. En effet, qui pourra jamais dire avec assurance que ses bonnes œuvres pèsent plus que ses fautes et, point bien plus crucial, qui pourra jamais prédire que Dieu sera disposé à l’accueillir, puisque, souverain absolu, il « pardonne à qui il veut »?