Musulmans et chrétiens ne pourraient-ils pas renoncer à l'idée de détenir seuls la vérité ?

Musulmans et chrétiens
A la question « comment vivre avec les musulmans », certains proposent de répondre par « un commerce de lumières », par le partage, entre gens de religions différentes, de ce qu’il y a de meilleur dans leurs traditions spirituelles respectives. Il y a indéniablement quelque chose à gagner à ces échanges, et une laïcité bien comprise devrait en préserver la pratique. Mais il est illusoire de penser qu’une telle démarche résout tous les problèmes. Ni l'islam ni le christianisme ne sont réductibles à de simples principes de « sagesse » dont on pourrait tranquillement discuter les mérites et faire une synthèse qui dépasserait leurs clivages.
 
La « charia » n’est-elle pas, littéralement, le « chemin vers la source d’eau abondante », la promesse d’une vie spirituellement satisfaisante ? Et Jésus ne s’est-il pas lui-même présenté comme « le chemin, la vérité et la vie » ?
 
Foi musulmane et foi chrétienne peuvent bien faire l’objet de discussions critiques et de comparaisons, elles sont plus que des systèmes moraux ou philosophiques. Chacune propose sa « voie » vers Dieu et engage ceux qui l’empruntent pour le présent et l’éternité.
 
Si les choix du présent n’avaient pas de répercussions éternelles, tous les points de vue se vaudraient. Mais foi musulmane autant que foi chrétienne affirment au contraire que tout homme devra rendre compte de sa vie à Dieu. Et toutes deux proposent leur manière distincte et opposées de se préparer à cette rencontre. C’est sur ce dernier point que le désaccord entre islam et christianisme est particulièrement aigu.
 
Quand certains demandent « Les chrétiens pourraient-ils renoncer à leur prétendu monopole de la Vérité ? », ils posent une question particulièrement intéressante. D’abord parce qu’ils pourraient aussi la poser aux musulmans. Ensuite parce qu’elle nous place en face d’une l’interrogation fondamentale : « Qu’est-ce que la vérité ? »
 
En affirmant qu’il est la « vérité » dont les hommes ont désespéremment besoin, Jésus provoque toujours de vigoureuses réactions, en particulier de la part de ceux qui enseignent que l’obéissance à la « loi » est l’essence même de la sainteté et la voie du salut.
 
C’est à leur propos que Jésus dit : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix, mais l’épée ». En d'autres termes, c'est ce type d'enseignement que Jésus dénonce radicalement.
 
Jésus s’oppose en effet à tous ceux qui soutiennent qu’on peut faire son salut par la pratique de « bonnes œuvres ». Au lieu de cela, il propose à l’homme de croire en lui pour son salut. Voilà l’irréductible sujet de contestations et de querelles !
 
Bien que de grands efforts soient déployés pour le nier, le monde est un lieu de conflits spirituels. Mais c’est par l’Esprit, et non par l’invective, la violence et les armes, que chacun est appelé à affronter la réalité de ce conflit et à rendre compte de ses convictions.