Hadiths authentiques sur l’apostasie

Dans sa « Sirat de l’Envoyé d’Allah », Ibn Ishâq écrit :

« L'Envoyé d'Allah (Mahomet) ordonna à ses généraux musulmans, avant la prise de la Mecque, de ne combattre que ceux qui les combattraient. Mais il exigea la mort de plusieurs personnes qu'il désigna nomément, dussent-elles avoir cherché refuge sous les voiles de la Ka'bah. Parmi elles figurait 'Abdullâh b. Sa'd, le frère des Banû 'Amir b Lu'ayy.

Mahomet condamne un apostat

Mahomet ordonna de le tuer parce qu’après avoir embrassé l'Islam et avoir transcrit pour lui les révélations descendues sur lui, il avait apostasié et était retourné à la Mecque alors hostile aux musulmans.

Mahomet avait chargé Abdullâh de transcrire le Coran selon la dictée qu’il lui en faisait. Ensuite, Abdullâh reprenait le texte, y apportait des corrections puis le récitait au Prophète qui l’approuvait sans rien remarquer. Abdullâh en conclut que le Prophète inventait des passages du Coran et que ses "révélations divines" n'étaient que pure fabrication. Il décida donc d’abandonner l’islam et de retourner à la Mecque. Encourant la peine de mort pour apostasie suite à la conquête de la Mecque par les musulmans, il alla se réfugier chez Uthman Ibn ‘Affane, son frère de lait et mari de Ruqaya, fille de Mahomet.

Arrêté, Abdullah Ibn Sa’d fit acte de repentir et prêta allégeance à Mahomet, allégeance que le Prophète refusa.  Néanmoins, les compagnons du Prophète l’épargnèrent sur la foi de sa repentance.

Dans son recueil de hadiths, Abu Dawud raconte:  

Se tournant vers ses compagnons, Mahomet dit : « N’y a-t-il pas d’homme sage parmi vous qui puisse se jeter sur lui et le tuer, quand il vit que j’avais retiré ma main en signe de refus de son allégeance ? » Les compagnons de Mahomet lui répondirent : « Nous ne savons pas ce qui est dans ton cœur, apôtre d’Allah ! Pourquoi ne nous as-tu pas fait signe des yeux ? » Mahomet répondit : « Il n’est pas convenable pour un Prophète d’avoir un œil déloyal ». (Sunan Abi Dâwoud : Livre des châtiments légaux, hadith sur le Jugement de l’apostat.[1]

 

Hadiths authentiques sur l’apostat

Hadith : « Celui qui change de religion, tuez-le »

Dans le recueil de Boukhari, ce hadith est considéré comme authentique, d’autant plus qu’il est également rapporté par d’autres recueils de hadiths.

Par exemple, l’imam Malik, fondateur de l’école de jurisprudence malikite, le cite dans sa Mouwatta :

« Celui qui quitte l'islam, pour adopter une autre religion, on acceptera son repentir, s'il en donne la preuve. S’il ne se repent pas, qu’on le tue ». (Livre 36 - Les sentences, Chapitre XVIII : Du jugement fait au sujet de l'apostat.)

Cette citation revêt une grande importance. L’imam Malik (710-796) a en effet vécu environ un siècle avant Boukhari (810-870).

Il naquit à Médine et y vécut au temps des Omeyades. Il réalisa son oeuvre en grande partie avant la naissance du Califat abbasside. Il apprit et mémorisa le Coran très jeune. Des rapporteurs de hadiths tels que Ibn Shihab al-Zuhri et Ibn Hurmuz (rapporteur de Abu Hurayrah) unanimement reconnus, furent ses maîtres dans l’apprentissage des hadiths.

L'imam Malik devint ainsi l'un des trois rapporteurs constituant la " chaîne d'or " (Silsilat Adh Dhahâbiyyah) de transmission des hadiths. Il faut noter que son grand-père s’était établi à Médine et s’était converti à l’islam la deuxième année de l’Hégire. Il connut personnellement Mahomet. Quant au père de Malik, il connaissait les compagnons du Prophète. Ces précisions historiques permettent d’attester le fait que le hadith « Celui qui change sa religion, tuez-le ! » était connu des compagnons de Mahomet, preuve incontestable de son authenticité.  

La citation qu’Ahmad Ibn Hanbal en fait dans son Musnad apporte une seconde confirmation de son authenticité :

« Ali est allé chez des gens qui adoraient les idoles et les fit périr par le feu. Ibn Abbas lui dit : « Le Messager d’Alla avait dit : celui qui change sa religion, tuez-le. » (hadith authentique)

Ahmad Ibn Hanbal, fondateur de l’école de jurisprudence hanbalite, confirme ainsi Malik. Au fait que deux des quatre écoles juridiques considèrent ce hadith comme authentique s’ajoute le témoignage des recueils de hadiths de At-Tabarani et An-Nassayi, deux compilateurs qui dépendent d’une chaîne de transmission différente de celle de Boukhari. Il est dès lors difficile d’en contester l’authenticité.

الإمام أحمد في المسند حديث رقم (2968) من زوائد عبد الله : حدثني أبي بكر المقدمي ، حدثنا عبد الصمد، ثنا هشام بن أبي عبد الله ،عن قتادة ، عن أنس

، أن علياً أتى بأناس من الزط يعبدون وثناً فأحرقهم ، فقال ابن عباس: إنما قال رسول الله ـ صلى الله عليه وسلّم ـ : مَنْ بَدَّلَ دِينَهُ فَاقْتُلُوهُ 


والطبراني في الكبير حديث رقم (10638) : حدثنا عبد الله بن أحمد بن حنبل ، حدثني محمد بن أبي بكر المقدمي ، ثنا عبد الصمد بن عبد الوارث ، ثنا هشام الدستوائي ، عن قتادة ، عن أنس ، 

أن علياً ـ رضى الله تعالى عنه ـ أتي بناس من الزط يعبدون وثنا فحرقهم بالنار فقال ابن عباس : إنما قال رسول الله ـ صلى الله عليه وسلم ـ : مَنْ بَدَّلَ دِينَهُ فَاقْتُلُوهُ 


والنسائي في المجتبى حديث رقم (3493) ، (4048) : أَخْبَرَنَي الْحُسَيْنُ بْنُ عِيسَى ، عَنْ عَبْدِ الصَّمَدِ ، قَالَ: حَدَّثَنَا هِشَامٌ ، عَنْ قَتَادَةَ ، عَنْ أَنَسٍ ، أَنَّ ابْنَ عَبَّاسٍ قَالَ : قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ـ صلى الله عليه وسلّم ـ : مَنْ بَدَّلَ دِينَهُ فَاقْتُلُوهُ». 

On notera enfin que ce hadith figure également, sous différentes formes, dans plusieurs autres recueils : Sunan An-Nassayi, Sunna Al Kubra d’Al Bayehaqi ou Jami’ At-Tirmidhi (Livre des châtiment légaux, hadith concernant l’apostat) :

 

At-Tirmidhi : « Ali a fait périr par le feu certaines personnes qui ont apostasié l'Islam. Le Messager d'Allah a dit : “Celui qui change de religion tuez-le ”. Ibn ‘Abbas lui dit :  “Si c'était moi, je les aurais tués selon la parole du Messager d'Allah ”. Et je ne les aurais pas fait périr par le feu parce que le Messager d'Allah a dit : “ Ne punissez pas par le châtiment d'Allah (qui seul a le droit de faire périr les gens par le feu) ”. Alors, cela a atteint Ali, et il a dit : “Ibn 'Abbas a dit la vérité”. » (hadith authentique)

 

 

An-Nassayi : « Le Messager d’Allah a dit : “Celui qui change sa religion, tuez-le”. »(hadith authentique)

On notera que la mention « Sahih » (authentique) apparaît après chaque hadith dans les recueils de hadiths. Cette précision n’a cependant pas été jugée nécessaire pour les recueils de Bukhari et de Muslim qui sont regardés comme authentiques dans leur totalité.

 

Autres hadiths condamnant l’apostasie

On cite très souvent le hadith rapporté par Bukhari :« Le sang d’un musulman qui atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que je suis le Messager d’Allah, est interdit (c’est-à-dire qu’il est interdit de verser son sang), sauf quand il s’agit d’un homicide volontaire, d’un fornicateur qui a déjà connu le mariage ou d’un apostat qui quitte l’islam et abandonne la Communauté musulmane. » (Sahih Bukhari, Livre 87 : le prix du sang, Hadith 17)

Ce hadith est rapporté par Muslim, Abu Dawoud, An-Nassayi, At-Tirmidhi etc… c’est-à-dire par la quasi-totalité des recueils de hadiths.

 

 

Muslim rapporte ce hadith dans les mêmes termes que Bukhari :

:« Il est interdit de porter atteinte à la vie d’un musulman qui atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que je suis le Messager d’Allah, sauf quand il s’agit d’un homicide volontaire, d’un fornicateur qui a déjà connu le mariage ou d’un apostat qui quitte l’islam et abandonne la Communauté musulmane. »

 

 

« Aïcha (l’épouse de Mahomet) rapporte que le Messager a dit : “Un musulman ne peut être exécuté que dans trois situations : S'il s'agit d'un individu marié qui a commis l'adultère  ou qui tue avec préméditation un musulman ou qui quitte l'Islam et déclare la guerre à Allah et à son Messager. Un tel individu sera exécuté, pendu ou expulsé de la terre” ». (hadith authentique)

Au temps de Mahomet, « expulser un individu de la terre » revenait à l’abandonner dans le désert.

C’est sur ce dernier hadith que certains savants musulmans modernes fondent leurs peines discrétionnaires. Ces peines peuvent aller de la libération pure et simple de l’apostat –  s’il ne représente aucun danger pour la communauté musulmane – à la peine de mort, en passant par la crucifixion, l’exil, ou la flagellation. On notera que ces savants restent vagues sur l’expression « qui ne représente pas de danger pour la communauté musulmane ». Cette appréciation relève du juge qui évalue le degré de dangerosité de l’apostat, une appréciation dont les critères restent flous et laissent peser une menace importante pour les personnes qui abjurent l’islam.