En quoi la Bible est-elle différente des autres livres religieux ?

Chaque religion met en valeur son (ou ses) « livres sacrés » : c’est le cas du christianisme pour la Bible, de l’islam pour le Coran, ou encore des religions orientales, comme l’hindouisme pour les Veda et le bouddhisme pour les « quatre nobles vérités ». La question posée ici est de savoir ce qui différencie la Bible de tous ces autres livres religieux.

D’abord, nous allons voir comment ces textes se présentent eux-mêmes, avant de s’arrêter sur quelques différences entre les deux livres des religions mono- théistes, la Bible et le Coran.

 

Un panorama des textes sacrés

 

La Bible

La Bible se présente comme la Parole de Dieu. Cela se voit entre autres aux nombreuses expressions qui indiquent explicitement que le message vient de Dieu lui-même (par exemple : « ainsi parle le Seigneur » en Ésaïe 66.1). Ou encore à des affirmations très fortes, comme : « Toute Écriture est inspirée de Dieu » (2 Timothée 3.16 - pour plus de détails, voir vol.2, ch.8).

 

Le Coran

Le Coran aussi se présente comme Parole de Dieu. Non pas pour révéler Dieu, car cela serait une atteinte à sa transcendance, mais uniquement pour exprimer la volonté de Dieu. Les musulmans croient que la volonté de Dieu, sa connaissance éternelle et infinie, se trouvent consignées dans un Livre céleste préexistant appelé le Kitâb. Il est aussi appelé « les feuillets d’Abraham » ou encore « la Mère du Livre ». Des parties de ce Livre sont révélées par Dieu aux Gens du Livre, juifs et chrétiens, au fur à mesure de l’histoire. C’est ainsi que la Thora est révélée à Moise, les Psaumes à David, l’Évangile à Jésus. Et le Coran vient pour compléter et clore la révélation. Au début, le Coran se présente donc comme la suite de la révélation de Dieu. Mais progressivement, le Coran se définit comme le Livre contenant toute cette révélation(1).

 

Les Veda

Les textes sacrés de l’hindouisme, les Veda, sont considérés comme une révélation, non-humaine, d’une parole éternelle. On retrouve quatre recueils des Vida, organisés d’une manière hiérarchique selon leur ancienneté :

·        le Rig-Veda (savoir des strophes),

·        le Yajur-Veda (savoir des formules sacrificielles),

·        le Sâma-Veda (savoir des mélodies)

·        et l’Anthavra-Veda (savoir d’Atharva).

 

Ces recueils sont composés des Samhitâ (collection d’Hymnes), Brâhmana (commentaires sur le sacrifice), Âranyaka (textes ésotériques) et Upanishad (texte spéculatifs). Ces Veda sont « à la base des cultes et spéculations de l’Inde ancienne. Ils montrent une conception optimiste de la vie et une croyance infaillible dans les pouvoirs des rituels»(2).

 

Les quatre nobles vérités

Quant au bouddhisme, il a tellement connu d’évolutions dans son histoire qu’on trouve « aujourd’hui plusieurs canons d’“écritures saintes” bouddhiques »(3). Néanmoins le sermon sur les « quatre vérités » qui aurait été prononcé par Bouddha est admis par tous :

la première noble vérité porte sur la souffrance (dukkha) qui est associée à la vie ;

·        la deuxième sur l’origine de la souffrance (dukkha), la soif et le désir ;

·        la troisième sur l’issue de la souffrance (dukkha) ;

·        et la quatrième sur la voie permettant d’atteindre l’issue de la souffrance (dukkha).

 

Les différences entre la Bible et les autres textes

 

Les principales différences portent d’une part sur le mode de révélation revendiqué par les textes, de l’autre sur le contenu lui-même.

 

Le mode de révélation revendiqué

À cet égard, la différence entre la Bible et les textes sacrés du bouddhisme comme de l’hindouisme est assez nette. Ces derniers ne se réclament pas d’un Dieu unique et personnel. Nous ne nous y attarderons donc pas. En revanche, il est nécessaire de confronter quelques aspects de la Bible et du Coran, qui se réclament tous deux d’un Dieu unique.

La Bible est rédigée en trois langues (hébreu, araméen et grec). La formation de l’Ancien Testament a duré dix siècles environ, s’est faite dans plusieurs endroits du Proche-Orient ancien, avec une trentaine d’auteurs. Celle du Nouveau Testament a pris une cinquantaine d’années dans l’Empire romain du premier siècle, avec une dizaine d’auteurs. La Bible, bien qu’elle se présente comme Parole de Dieu, s’affiche aussi comme parole humaine. Selon elle, Dieu s’est servi d’auteurs humains (prophètes et apôtres), de leur réflexion, de leurs sensibilités, de leur histoire… pour parler aux être humains. Cette révélation s’est faite de manières diverses (Hébreux 1.1) : paroles directes (Nombres 12.6-8), songes et visions (Jérémie 23.28 ; Daniel 2.19), etc.

Quant au Coran, la tradition musulmane affirme qu’il a été révélé uniquement à Muhammad durant une période de vingt-deux ans, dans une seule langue, l’arabe, à la Mecque et à Médine. D’après les Hadith (cf. ch. précédent), les modes de révélation auraient été variés : des paroles dictées par un ange, des expériences extatiques parfois éprouvantes, des visions en plein  sommeil, etc. Dans tous les cas, Muhammad devait apprendre par cœur les paroles révélées pour les réciter à ses disciples afin qu’ils les apprennent par cœur à leur tour. Contrairement aux auteurs bibliques, il n’avait pas à intervenir sur le message reçu d’aucune manière que ce soit. C’était une répétition mécanique qu’il devait assurer. À la mort de Muhammad, l’ensemble de la révélation coranique forme un corpus de 114 sourates (chapitres) dont les plus longues sont au début – exceptés la première– et les plus courtes à la fin, bien que celles-ci soient les premières à avoir été révélées(4).

On peut noter ici deux différences majeures entre la Bible et le Coran :

La première est d’ordre historique : la révélation biblique a duré plus de mille ans, tout en gardant sa logique et son harmonie. Certaines révélations annoncées au début de la Bible se sont réalisées par la suite, comme la venue de Jésus, annoncée dans la Torah (Deutéronome 18.18) et accomplie plus de dix siècles plus tard. De cette manière, l’histoire a confirmé la véracité de ces révélations et prédictions. Quant à la révélation coranique, elle n’a duré que vingt-deux ans. Pour les musulmans, cette période courte renforce la crédibilité du message coranique. Mais cela peut être vu comme une faiblesse dans la mesure où il est beaucoup plus facile d’écrire un ensemble cohérent en vingt-deux ans qu’en mille ans – à moins que Dieu en soit l’auteur !

La seconde différence concerne le nombre de prophètes que contient chacune de ces deux révélations : la Bible contient plus quarante auteurs qui ont écrit à des périodes de l’histoire différentes et dont le message est harmonieux et cohérent. Le Coran est rédigé uniquement sur la base des révélations données à Muhammad, ce qui fait la grandeur de son unité littéraire. Là encore, il est plus facile d’avoir de la cohérence d’un livre écrit par un seul auteur que par quarante auteurs à des périodes différentes de l’histoire et dans des contextes socioculturels multiples !

 

Le contenu

Enfin, ce qui différencie la Bible des autres livres religieux, c’est aussi et surtout son contenu. Tous les autres livres religieux (les Veda, le sermon sur les quatre vérités et le Coran) mettent l’accent sur des pratiques, des lois, des rites… pour rendre l’être humain meilleur et lui permettre d’accéder à une piété supérieure avec les récompenses qui vont avec. La Bible est le seul livre religieux qui mette l’accent sur la nécessité de changer l’être humain de l’intérieur et non pas de l’extérieur. Le message central de la Bible, c’est que l’être humain s’est éloigné de Dieu par sa désobéissance, et que Dieu est venu le chercher, le sauver, en Jésus-Christ qui a payé le prix de cette désobéissance à la Croix (voir le vol.2, ch.7). La seule chose demandée à l’être humain, c’est de reconnaître son péché, et d’accepter le pardon donné en Jésus-Christ. Suite à cette démarche, une relation personnelle est possible avec Dieu que la personne peut appeler Dieu « Père » (Romains 8.15).

Donc, pour la Bible, c’est Dieu qui sauve l’être humain et non pas l’être humain qui gagne Dieu par ses efforts religieux. Tel est le message central de la Bible. Et cela le rend unique.

Karim AREZKI

 

Notes :

Cet article reproduit le chapitre 10 du livre La Bible en question, je m'interroge, Editeurs Croire pocket, Paris 2011.

(1)   M. Arkoun, « “Coran” : sens coranique », dans Dictionnaire du Coran, s. dir. Mohammad Ali Amir-Moezzi, Paris, Robert Laffont, 2007, p.188. Cette identification du Coran au Livre n’est pas soutenue par tous les spécialistes : pour un avis contraire, voir J.M.F. Van Reeth, « Nouvelles lectures du Coran. Défi à la théologie musulmane et aux relations interreligieuses », Communio, septembre-décembre 2006, p.6.

(2)    A. Astier, Comprendre l’Hindouisme, 3ème éd., Paris, Eyrolles, 2008, p.44.

(3)    C. Leroux, Un regard Chrétien sur le Bouddhisme, Croire Pocket, Paris, 2008, p.37. Livre recommandé pour aller plus loin sur le sujet.

(4)    Pour une bonne comparaison entre la Bible et le Coran, lire C. Moucarry, La foi à l’épreuve, L’islam et le christianisme vus par un arabe chrétien, Québec, La Clairière, 2000, p.17-71.