Bible et Coran : deux livres, deux messages ?

Face à l’irruption quasi quotidienne de la violence djihadiste dans les médias, face aux récents attentats commis au nom du « Prophète », beaucoup se demandent quel rapport ont ces actes avec l’islam. La réponse communément donnée par les autorités religieuses musulmanes est qu’ils n’en ont pas. Mais une telle affirmation soutient-elle l’examen ? C’est justement ce que nous voudrions vérifier en comparant Coran et Bible sur plusieurs points fondamentaux. Cette question en soulève néanmoins une autre: le message de la Bible offre-t-il une vraie alternative à la violence ?

Un même message ?

Bien que ce ne soit pas évident quand on le lit, le Coran possède une double structure qui s’articule non pas autour de deux alliances divines – celles de la Loi révélée à Moïse et celle de la grâce manifestée par Jésus –  mais autour de deux périodes : celle de Mohamed, prophète méprisé à la Mecque et celle de Mohamed, prophète et chef respecté à Médine.

La première période correspond au début de son activité « prophétique ». Son message est alors caractérisé par la condamnation de toute idolâtrie et l’affirmation d’un rigoureux monothéisme qui provoquent hostilité et rejet de la part des membres de sa tribu et le force à migrer à Médine en 622.

Au cours de cette seconde période, sa prédication répond aux besoins juridiques et pratiques de la communauté musulmane et aborde la question du traitement à infliger aux « ennemis de l’islam ». En effet, les Juifs, dont il a cherché le soutien quand il était à la Mecque, s’alarment de son ascendant politique et refusent de le reconnaître comme prophète. Le sentiment de trahison que Mohamed en conçoit alors scelle sa haine contre eux et l’expulsion et le massacre des tribus juives de Médine marquent durablement sa prédication et son action contre ceux qui ne reçoivent pas sa « révélation ». Ainsi, là où Mahomet, dans le Coran, proclame un « royaume » de nature essentiellement politique, Jésus, dans la Bible, instaure un « royaume » d’abord spirituel.

Un même Dieu ?

De la Genèse à l’Apocalypse, la Bible met l’accent sur la sainteté de Dieu. Dieu est saint au sens où il est absolument lié par sa Parole. Dieu avait averti Adam qu’une désobéissance éventuelle de sa part entraînerait sa mort, et Adam, après avoir péché, a effectivement connut la mort. Mais le message biblique ne s’arrête pas là. Tout le reste de la révélation consiste à montrer que Dieu contrebalance les exigences de sa sainteté par celles de son amour. A travers le sacrifice de son « Fils », Dieu a pris sur lui le jugement destiné à l’homme afin d’établir avec lui une relation nouvelle et éternelle.

Dans le Coran, souveraineté absolue et toute puissance sont les caractéristiques les plus célébrées d’Allah.  Elles sont constamment affirmées. Par contre, ni archange, ni ange ni aucun prophète ne proclame qu’Allah est « trois fois saint ». Allah lui-même confirme qu’il n’est pas attaché à sa « révélation» quand il annonce qu’il pourrait en supprimer toute trace. Cette exaltation de la puissance absolue de Dieu et ce silence à propos de sa sainteté ont deux conséquences théologiques capitales: 1) si, comme le dit le Coran, la désobéissance d’Adam n’a constitué qu’une faute dont Allah n’a pas été offensé, l’homme n’a besoin ni de sacrifice pour l’expiation de ses péchés ni d’un Sauveur pour accéder à la vie éternelle ; 2) si puissance et domination sont les vertus les plus admirées d’Allah, puissance et domination sur le reste des hommes devront naturellement caractériser les sociétés musulmanes. Les deux « dieux » sont donc bien différents.

Une même légitimation de la violence ?

En Jésus, la Bible nous présente le modèle insurpassable de pardon, de paix et d’amour. L’histoire de l’Eglise a néanmoins souvent trahi ce modèle. Et elle est susceptible de le trahir aujourd’hui encore pour deux raisons. D’abord, à cause d’un possible sentiment de supériorité spirituelle. Ceux qui se sont le plus opposés à l’enseignement de Jésus étaient des hommes religieux, persuadés d’être irréprochables. Mais l’image très différente que leur a renvoyée Jésus les a remplis de fureur et les a conduits à réclamer sa mort. Ensuite, la conviction de devoir bâtir sur terre un royaume pour Dieu. Lorsqu’au 4e siècle, Constantin a institué le christianisme comme religion de l’Empire, la puissance impériale a pris le pas sur l’œuvre de l’Esprit et, dans sa volonté hégémonique, le christianisme est devenu violent et persécuteur. 

Ces deux tentations sont aussi celles de l’islam. Conformément à la doctrine du takhfir, certains musulmans s’estiment plus « musulmans » que les autres et responsables de purifier le monde des infidèles. A travers l’instauration d’un califat, ces mêmes musulmans se croient également appelés à bâtir une société idéale soumise à la « loi divine ». Pour y parvenir, ils n’hésitent pas à anéantir tous ceux qui n’adhèrent pas à leur projet théocratique.

Le fait que le Coran rejette la notion de « péché originel » et présente Allah comme souverain dominateur conduit donc à une différence entre le message des deux « Livres ». Les musulmans radicaux trouvent dans le Coran, ainsi que dans l’exemple de Mahomet et de ses successeurs, une légitimation à l’usage de la violence pour établir par la force le « règne d’Allah » sur terre. Par contre, les disciples de Jésus découvrent dans la Bible un appel pressant à le suivre afin que le « Royaume de Dieu » se manifeste partout où ils vivent et servent le monde dans l’Esprit de Jésus.

Extrémistes ou modérés ?

Ce rapide examen du Coran et de la Bible nous conduit à la conclusion qu’ils ne sont pas porteurs du même message. L’islam, en raison de sa conception de Dieu et de l’homme, « programme » les musulmans pour la violence. Ce qui fait la différence entre les « extrémistes » et les « modérés », c’est que les premiers considèrent comme absolus et définitifs le Coran et l’exemple de Mohamed tandis que les seconds tempèrent les enseignements tirés de ces deux sources.  Ils comprennent en effet qu’ils sont en conflit avec les valeurs de l’Occident et qu’ils ne sont pas viables sur le long terme en pays musulmans. Les premiers sont souvent des gens qui considèrent ne plus rien avoir à perdre, tandis que les seconds veulent préserver la paix et les avantages qu’ils ont trouvés en Occident ou dans leur propre société.

 

Paru dans Christianisme Aujourd’hui, Avril 2015